Kares aux pays des merveilles

Qui n’a jamais voulu tout quitter ? Partir à la Tom Sawyer en quête d’aventures et autres sensations fortes ? Se coucher la tête dans les étoiles à même le sol, sans réveil, le soleil à l’aurore fera son job. Alors il était une fois, Kares ou ce petit garçon qui en regardant ses pieds sur le bitume parisien rêvait au jour où il les verrait s’enfoncer dans le sable chaud du Moyen-Orient. Après 8 années en tant que photographe, il se décide à empoigner la vie, partir là où personne ne va pour passer des « vacances » tranquille : Iran, Irak, Tadjikistan… Et pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable ? Appareil photos en main, visas en poche direction les oubliés du monde, rencontrer l’authentique, des personnes loin de toutes modernités, voir des paysages que uniquement les chaines Découverte ou Ushuaïa peuvent nous offrir. Comment une aventure aussi hors norme débute-t-elle ? Rencontre avec un homme que 56 000 kilomètres de parcours ont changé.

Fifi Roze : Quelle a été ta motivation première pour entamer cette aventure ?

Kares Le Roy : Ce qui m’a poussé à partir était vraiment le désir profond de sortir de l’univers ultra codifié de la musique et de la mode. Depuis tout jeune, la culture que j’avais acquise à travers des livres et des images était à l’opposé des formats de beauté que nous impose l’Occident, où tout est très édulcoré. J’ai voulu découvrir par moi-même ce qui se cachait dans ces pays qui n’intéressent pas beaucoup de monde. À part peut-être l’Indonésie et la Malaisie qui attirent surtout pour les plages et la prostitution, il faut avouer que le Kirghizistan n’est pas l’endroit le plus visité au monde… Surtout depuis les échauffourées entre les tribus. Et depuis que je suis revenu, je réalise à quel point le 11 septembre a été un choc profond. Il ne doit pas y avoir de hasard. J’ai commencé la photo il y a 10 ans, quelques semaines avant les attentats de New York, depuis je n’ai cessé de penser à cette région du monde, le Moyen-Orient en général, qui a été montré du doigt et stigmatisé par les médias de notre cher pays.

F.R : Sans doute eu peur, mais à quel moment ?

K : Peur ?! Pas vraiment… On a tendance à croire que ce que j’ai fait est dangereux mais ce n’est pas le cas. Il y avait des risques mais c’était calculé. Je ne vais pas nier avoir eu un moment de doute au moment de prendre le car pour traverser la frontière de l’Iran à l’Irak, mais dans l’ensemble, je me suis senti très protégé par les populations que je croisais. Particulièrement au Moyen-Orient et en Asie Centrale. Ah si maintenant ça me revient !!! Un moment précis, dans la jungle en Thaïlande, près de la frontière birmane, on traversait une partie très escarpée avec mon pote Wood pour rejoindre les tribus Karen. Il y avait une pluie torrentielle, le gars qui nous accompagnait était devant, j’étais le dernier, je ne voyais rien, je me faisais bouffer par les sangsues… La peur de tomber dans le ravin avec la terre qui glissait sous mes pieds. Je me rappelle avoir fait une petite prière à ce moment-là !

F.R : Un visage, un moment, un souvenir en particulier ?

K : DES visages ? J’en ai 1000 ! Et ça se voit sur mes photos… Le plus beau, l’égérie de ce projet : cette femme au bonnet rouge qui fait la couverture de mon livre. C’était dans les Annapurna au Népal. Ce n’est pas le moment le plus magique mais ça reste très symbolique pour moi de me rappeler d’elle pour tout ce qu’elle représente maintenant. Un moment ? Quand je cours entre des chevaux, en plein milieu d’un match de bozkashi au Tadjikistan. Ça a duré 2 heures, je suis reparti avec les vêtements et le visage de la même couleur que la terre sur laquelle se battait des cavaliers sortis d’un autre temps. C’était à la fois super violent et complètement surréaliste ! Un souvenir ? Celui de la traversée de l’Inde à moto. Sur une vieille Enfield. Une pensée pour Samir qui est toujours sur les routes…

F.R : Reprendre ton ancienne vie ? T’en sens-tu capable aujourd’hui ?

K : Oui et non. Je n’ai pas fuis mon ancienne vie. J’étais déjà très heureux avant de partir. J’exerce un métier qui me plait depuis dix ans maintenant. Mais je le vois juste d’une autre façon pour les dix prochaines années. Un jour j’en aurai peut-être marre d’avoir un sac sur le dos et de changer de chambre tous les cinq jours. Pour l’instant je suis en France et je profite de chaque moment avec ma famille et mes amis qui m’ont énormément soutenu durant deux ans de voyages. Un énorme Big Up à la Hawai Family quand je dis ça ! J’ai la chance d’avoir une exposition dans un hôtel fabuleux, le Lutetia. Ce n’est donc pas le moment de cracher dans la soupe !

F.R : Des projets, mais lesquels ?

K : J’ai toujours eu plein de projets. Aujourd’hui ils sont plus orientés vers l’étranger. Je compte repartir à la fin de la promo de mon livre pour un autre long voyage. Retourner en Iran plusieurs mois. Identifier les derniers nomades et tribus qui vivent dans ce coin avant que la mondialisation ait fini d’anéantir leur culture. Mais aussi pouvoir enfin explorer l’Afghanistan et le Pakistan afin de mieux comprendre la région. Maintenant il y a une structure derrière moi, Amu Darya (cf le fleuve en Asie Centrale) avec des idées de commerce équitable. Un projet éthique qui me suivra désormais. Je ne prétends pas pouvoir changer le monde, juste modifier la vision que l’on a de certains endroits.

Kares – « Au coeur des hommes » from ARTBREAKERZ on Vimeo.

Travel By Kares

Exposition « 56 000 kilomètres – un continent et des hommes », du 5 septembre au 17 octobre 2011, à l’hôtel Lutetia à Paris.

Le livre, « 56 000 kilomètres – un continent et des hommes », disponible à partir du 1er octobre dans la liste des boutiques :

*Artazart, 83 Quai Valmy. 75010 Paris  www.artazart.com

*Le 29, 29 Rue des Récollet. 75010 Paris www.le29.fr

*Librairie Photographique, 17 Rue de la Villette. 75019 Paris www.librairie-photographique.com

*Le Monte-en-l’air, 6 rue des Panoyaux. 75020 Paris lemontenlair.free.fr/

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6 Responses to 5 questions à Kares Le Roy

  1. samir dit :

    …Grande classe internaziounale!!!

    …j’en profite pour te rapeler un souvenir ou plutot…une peur: Un soir au cachemire sur le lac Dale, les raffales de mittraillettes toute la nuit!! Qui finalement etait la celebration d’un mariage! J’avoue avoir eu bien peur moi aussi!

  2. HAYAT dit :

    EMOUVANT – SURPRENANT – BRAVO
    katia

  3. Ismael dit :

    Merci pour ce bel article.

  4. Gigi dit :

    Vraiment passionnant. J’admire! Je ne pourrai pas faire le 1/10ème de ce qu’il a fait! En tous cas il nous a apporté de superbes photos, les portraits sont saisissants.

  5. monica dit :

    L article est superbe et tres fin pour un homme qui a realise un superbe travail et beaucoup de courage pour toute cette aventure Bravo a lui et je lui souhaite beaucoup de chance car il le merite et sans lui on saurait peu sur ces pays .Donc un grand merci a lui et a vous pour ce bel eloge

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