Si vous êtes trop crevards pour vous payer un abonnement satellite, vous n’avez peut-être pas pu voir « Mafiosa, le clan », une série Création Originale by Canal+ qui vient de s’achever. En moyenne près d’un million de téléspectateurs pour cette saison qui réalise ainsi sa meilleure audience depuis son lancement. Un petit topo pour tous les Picsou de France ?

Sandra Paoli est propulsée à la tête d’un influent clan mafieux . Elle est avant tout une femme parano et très respectée dans un monde d’hommes. (Pour le moment). Dans cette quatrième saison elle quitte la Corse et choisit de s’installer à Paris où elle ne tarde pas à s’imposer dans le milieu des cercles de jeux, là où ses relations familiales et amoureuses vont devenir complexes. Meurtres, trahisons, coups bas, tout est mis en œuvre pour tenir en haleine.

Week-end dernier, RDV pris pour rencontrer certains comédiens. Même pas peur ! Je pars donc discuter avec la Mafia Corse et les flics qui la poursuivent. J’ai préféré que l’échange se fasse en publique dans un café parisien, quartier des Abbesses – SIC – Je n’ai pas de gilet pare-balles dans ma garde-robe et on ne sait jamais avec les mafieux.


Fifi Roze : Dans la série, vous êtes Thomas Quilichini, un commandant très nerveux et impulsif, vous a-t-on aidé pour travailler ce rôle ?
Denis Braccini : Le commandant est le plus haut grade sur le terrain, c’est plus intéressant à jouer qu’un commissaire de police car eux sont aujourd’hui devenus des gestionnaires : ils gèrent matériels et effectifs, donc ils passent la majeure partie de leur temps devant des ordinateurs et au téléphone… Pour Quilichini… Ce qui aide en premier lieu, c’est la qualité de l’écriture; quand vous avez à jouer des personnages qui sont bien écrits, c’est-à-dire humains, complexes, dans des situations crédibles, c’est tout de suite plus facile… Ensuite, j’ai évidemment rencontré de vrais policiers, que ce soit sur Paris ou en Corse, avec qui je me suis entrainé, avec qui j’ai discuté… ce qui m’a permis de connaitre des anecdotes, de voir comment ils fonctionnent, comment ils sont entre eux… J’ai aussi et depuis longtemps, beaucoup lu ou vu de littérature technique sur les procédures et les enquêtes policières, beaucoup de témoignages écrits ou filmés… J’ai fait du tir, je me suis entrainé aux techniques d’intervention… Et puis j’ai aussi rencontré des gens qui ont eu affaire à la police… C’est génial parce que ça permet de connaitre les deux côtés de la médaille… Et enfin, sur le tournage même, on avait des conseillers de la police Bastiaise… Plus — mais faut pas le dire — quelques conseillers techniques, disons, officieux… des personnes qui ont… un certain vécu, on va dire…

F.R : On lit parfois que la série est très inspirée de « The wire » ou des « Sopranos », qu’en pensez-vous ?
D.B : C’est vrai que, dès qu’on veut faire une série sérieuse sur la police ou le grand banditisme, on a de suite ces références-là. C’est tout simplement parce que ce sont des références. Mais la réalité, c’est que les procédures policières, les écoutes, les filatures, les infiltrations, on les retrouve dans toutes les polices du monde. À peu de choses près, les enquêteurs du monde entier fonctionnent en suivant les mêmes rites, les mêmes méthodologies… The Wire a été la première série à montrer ça de cette façon, sans enjoliver, sans faire dans le mélo ou dans le côté super-héros. C’est ce qu’on a décidé de faire sur Mafiosa aussi. Pour les truands et bien Les Sopranos sont des truands italo-américains, les Paoli et Tony-Manu sont des truands Corses, donc il y a le coté méditerranéen qui est très présent, malgré l’Océan Atlantique des deux cotés… Comme dit un proverbe américain : « Vous pouvez extraire les Italiens d’Italie, mais vous ne pouvez pas extraire l’Italie des Italiens… ». Idem pour les Corses… Où que soit un Corse, il reste Corse…

F.R : Comment expliquez-vous ce décalage entre les productions US et Françaises ? Un manque de créativité, de sous ?
D.B : Pas un manque de créativité… un manque de volonté éditoriale. C’est-à-dire un manque d’ambition artistique de la part des diffuseurs. Le problème, c’est que souvent les scénaristes français sont obligés de s’auto-censurer, s’ils veulent voir leurs projets acceptés par les chaînes. Souvent les chaînes mettent des gens à eux à la réécriture des scénarios, de manière à enlever tout ce qui dépasse… Du coup, la plupart des fictions tournées sont mal écrites et se ressemblent. Et comme disait Jean Gabin : « Pour faire un bon film, il faut trois choses: une bonne histoire, une bonne histoire, une bonne histoire… » Le processus de « normalisation » intervient aussi dans la manière de filmer, de monter, les décors… Les chaînes veulent des produits standardisés… Il n’y a pas d’envie de faire de belles choses, soit par économie, soit par inculture, soit par peur de se planter… Si les créations de Canal Plus sont un cran au-dessus des autres, c’est parce que les décideurs le sont. Il y a la volonté de faire des films ou des séries de qualité. Donc de rassembler autour de projets des équipes de qualité : scénaristes, réalisateurs, acteurs, chef-opérateurs, etc. Par exemple, si vous avez un rôle important dans une série de Canal, vous ne pouvez pas être sur les autres séries. C’est rageant pour les comédiens, mais ça permet aux spectateurs de ne pas voir les mêmes têtes dans Braquo, Mafiosa ou Engrenages. En ce moment, il y a « Un village Français » sur la  France 3. Bien écrit, bien filmé, même si c’est classique, avec de très bons acteurs. C’est honnête, pas manichéen… Comme quoi, quand on donne la parole aux artistes…

F.R : Côté élections présidentielles, où en êtes-vous ?
D.B : Simple : « Vote ou ferme ta gueule ! » Et puis, comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai l’éternel souvenir — et magnifique — de Valéry Giscard d’Estaing assis à son bureau de l’Elysée en 1981, disant « Au revoir… », se levant et quittant la pièce, bord-cadre dans l’image… C’était un adieu… J’espère revivre la même chose…

F.R : Des projets. Mais lesquels ?
D.B : Je viens de refuser deux tournages, parce que justement c’était mal écrit et que je n’ai plus la force de jouer des trucs mal écrits, des personnages et des situations pas crédibles. « I’m too old for that shit ! » Mais il ne faut pas le dire à mon banquier ! Je viens de tourner dans « Fais pas ci ! Fais pas ça ! » une scène très drôle avec Bruno Salomone, où je joue un personnage nerveux et impulsif — tiens, tiens… — qui est en pleine thérapie mais qui a encore du boulot ! Donc on risque de le revoir sur le canapé du coach… Je tourne début juin aux côtés de Gérard Lanvin et Alice Taglioni dans un film produit par La Petite Reine et réalisé par Fabrice du Welz, réalisateur de « Calvaire ». Et cette fois je serai vraiment commissaire… Il y a une pièce de théâtre prévue pour la fin de l’année… Je travaille aussi avec des scénaristes sur des projets de série et un long métrage de cinéma… Mais c’est pour le moyen terme, on est en pleine écriture… Et puis évidemment, j’attends impatiemment Mafiosa Saison 5 !!!

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Fifi Roze : Dans « Un prophète » d’Audiard, vous étiez Vettori, un corse dans les affaires mafieuses. À quand le rôle de composition ?
Jean-Philippe Ricci : Et bien quand on me le proposera. J’espère très vite. Pour l’instant c’est ce qu’on me propose. Et je travaille le moindre personnage en profondeur quel qu’il soit. Et puis c’est un peu de la composition non ? Je ne suis pas mafieux que je sache. Ni flic d’ailleurs ? Enfin, je crois.

F.R : Justement, n’avez-vous pas peur qu’on ne vous propose que des rôles dans le même registre, qui tourneraient autour de la Corse et de ses clans ?
J.P.R : La peur c’est plutôt de ne plus bosser, d’arriver à la limite ou à la frontière de ce que je pourrai faire. Ma vraie peur c’est celle-là ! De me dire « merde Jean Phi, là, tu ne peux pas donner plus, tu es à ton max ». Pour le reste comme dirait un certain réalisateur que j’ai rencontré, Yvan Calbérac « ne vous plaignez pas d’avoir toujours le même emploi, c’est qu’on pense tout le temps à vous pour ça ». Il y a des personnes qui ne bossent pas, qui n’ont pas de tête spécifique et personne ne pense à eux « .

F.R : Originaire D’Ajaccio, j’imagine que ceci a apporté un plus pour jouer à fond votre rôle dans Mafiosa…
J.P.R : Effectivement je n’ai pas eu à travailler l’accent dans la profondeur, cela apporte forcément en authenticité et c’est le cas de pas mal d’acteurs dans la série, mais surtout ce qui m’a aidé à jouer à fond mon rôle dans Mafiosa, c’est que j’avais énormément envie de faire partie de cette aventure.

F.R : Dans la série, vous n’êtes pas toujours d’accord avec les décisions du chef Quilichini. Pensez-vous que vos rapports vont évoluer ?
J.P.R : Et comment qu’ils vont évoluer ! Je vais me retrouver chef d’équipe et mon commandant sera rétrogradé en agent de la circulation (pardon Denis). Je plaisante, oui bien sûr je pense que les rapports vont évoluer étant donné la tournure que cela a pris et du fait que l’on est entré dans le cœur du commissariat un peu plus dans la psychologie de nos personnages. Maintenant je ne peux pas vous l’assurer, c’est le travail des scénaristes.

F.R : Des projets mais lesquels ?
J.P.R : Je viens de terminer un film de Pierre Schoeller où j’avais un très bon rôle à défendre. Ce sera sur les écrans debut 2013, mais je ne peux pas vous en dire plus. J’enchaîne sur trois courts metrages et ensuite deux projets de longs métrages pour la fin d’année, mais là encore je ne dirai rien je suis superstitieux.

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Fifi Roze : Tony pourrait-il endosser le rôle de Parrain pour la saison prochaine ? Est-il assez solide, lui qui devait disparaitre lors de la saison 2 ?
Eric Fraticelli : C’est une question à poser aux scénaristes, moi je ne suis qu’une marionnette ! Mais je pense qu’avec de l’imagination on peut faire faire beaucoup de choses à un personnage.

F.R : Une femme qui dirige un clan,  la crédibilité de la série n’est-elle pas touchée ?
E.F : Il est vrai qu’en Corse il n’y a pas de femme à la tête d’un clan, d’ailleurs je ne suis même pas sûr qu’il y ait des clans avec une seule tête, j’en sais rien, mais ce que je sais c’est qu’il y a dans la mafia à Naples, une famille dont le parrain est une marraine, donc…

F.R : Vous êtes né et vivez à Bastia, comment les Corses voient-ils la série ? Nous sommes dans une certaine apologie à la violence, vous ne trouvez pas ?
E.F : Des corses aiment, d’autres pas. Tout comme « Joséphine ange gardien ». Celui qui a l’ambition de plaire à tout le monde est mal barré… Et puis s’il y en a qui n’aiment pas Dieu merci, ils ne sont pas obligés, ils peuvent regarder un autre truc ou aller boire un verre, c’est ça la liberté. L’apologie de la violence ? Je pense que c’est le contraire, ça dénonce la violence ! À regarder de plus près, les personnages ne sont pas heureux du tout (quand ils sont vivants), toujours soucieux, en danger… Moi j’y vois plutôt un message du style : « regardez où mène ce genre de vie, à la mort, en prison, ou dans l’enfer du danger… » Et puis ne pas parler des choses ne les fera pas disparaitre… Maintenant on peut toujours nier qu’elle existe, dire que tout est beau chez nous…

F.R : Si vous étiez Président de la République, quelle réforme prendriez-vous pour l’Ile de Beauté ?
E.F : Président de la République ? Je ne suis pas assez intelligent pour répondre à cette question !

F.R : Des projets. Mais lesquels ?
Des projets oui, mais je suis plutôt un adepte d’Épicure sur ce plan là : « l’avenir n’existe pas encore » !

Saison 5 de « Mafiosa, le clan » en écriture, début de tournage pour la fin de l’année.

 

2 Responses to 5 Questions à Tony, Quilichini & Damiani Série « Mafiosa, le clan »

  1. Gigi dit :

    Tout d’abord …je ne suis pas un picsou!!!:p

    Néanmmoins l’interview est hyper intéressante, moi qui ne connait pas la série, ça me donne presque envie d’acheter une télé pour la voir. Oh mais j’y pense, il y aura certainement un dvd … A voir.

  2. Vinnie dit :

    Merci, super complet ! J’adore !!!!

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